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CONCLUSION

 

 
     
 

         Nous dirons avec M. Lachowsky que les hommes et les femmes recherchent de plus en plus une vie sexuelle satisfaisante. Nous n’avons extrait qu’une infime partie des enquêtes citées précédemment. Il faut sortir des clichés sur le coït au profit de la qualité de vie. « La qualité sexuelle est un des éléments indissociables de cette qualité de vie sans laquelle cette nouvelle quantité n’aurait guère de sens et encore moins d’attraits ». [91]

         Nous ne rappellerons pas les précautions et les préventions dont nous avons fait état avec P. Brenot et M. Bozon au début du chapitre II. Par delà tous les chiffres que nous avons mentionnés, nous ne voudrions pas regarder la sexologie avec les yeux d’un adepte de la zététique chère à Henri Broch, [27] mais avec la modestie que confère l’art du doute cartésien, et pour reprendre le mot du biologiste Jean Rostand, avec « une hygiène préventive du jugement ». [119]

         Peut-être devons-nous faire abstraction de nos connaissances chiffrées et donner la priorité à la singularité, au caractère unique, inimitable, à la complexité que nous offrent les couples qui cherchent de l’aide, ne sachant par quelle extrémité prendre l’écheveau qu’est devenue leur relation.

         Nous ne rappellerons qu’une seule notion qui résume notre travail :

50% des femmes et 70% des hommes de notre panel pratiquent la sodomie. En terme de couples cela représente 26% qui aiment et sont les « experts » de notre succincte classification. Ce sont les hommes qui aiment le plus et en tirent une meilleure satisfaction sexuelle.  

         Que retenir pour nos disciplines respectives ? Peuvent-elles continuer à s’ignorer mutuellement ?

Nos maîtres nous ont appris que la pratique de la sexologie comporte un tiers d’éducation, un tiers de conseils et un tiers de thérapeutique.

Pour les sexologues, continuer à donner à l’analité la place qu’elle mérite et rappeler les tenants et aboutissants singuliers des pratiques anales. Pour paraphraser M. Bonierbale qui compare le couple à un duo de musiciens, « il faut que la médecine reste un art, qu'on cesse de tirer sur le pianiste, et qu'il y ait de nouvelles promotions d'artistes ». Pourquoi pas des gastro-entérologues-proctologues dans de futures promotions ? [12]

Pour les proctologues, le plus souvent, la sexualité se résume à extraire, sous anesthésie générale, des objets incarcérés dans des rectums.  Il leur faut acquérir suffisamment de connaissances en sexologie pour améliorer la prise en charge des patients présentant un trouble sexuel ou simplement délivrer des conseils. Ce sont, en fait, le plus souvent des femmes qui s’interrogent sur leur sexualité anale. Elles apprécient, se culpabilisent et se demandent si elles peuvent continuer sans risque. Elles sont frustrées car elles aimeraient mais n’y parviennent pas. Elles ont déjà connu une expérience douloureuse et cherchent à rejoindre le groupe des femmes satisfaites de leur pratique anale.

         Débarrassée aujourd’hui de son parfum de soufre, ayant abdiqué son statut de péché mortel, la sexualité anale et la sodomie en particulier, échappent désormais à la transgression des lois morales. Au même titre que l’onanisme, que la fellation, que le saphisme, que l’anulingus et autres fioritures, la sodomie n’est plus une pratique infâme, et ses zélateurs des pervers criminels à clouer au pilori. Elle s’est gentiment banalisée et fait maintenant partie des «questionnaires de nos Proust audiovisuels». [68]